![]() |
Le mariage traditionnel et ses contours |
||
| De nos jours le mariage s’est réduit à l’union entre deux individus.
Alors que traditionnellement en pays Bamiléké, le mariage est une union entre deux familles, voire entre deux tribus. Dans tous les cas, l’objectif premier assigné surtout à la jeune fille est le mariage et toute son éducation a porté vers cet objectif, parfois au détriment de son évolution académique. Aller en mariage pour une fille est une fierté aussi bien pour elle que pour ses parents qui ont l’impression d’avoir réussi l’éducation de leur enfant. On dit de la fille non mariée qu’elle est fanée chez eux (To’opdie et plus il y ‘en a au sein d’une même famille, plus cela représente un mauvais signe. Par ailleurs l’homme non marié (Tchiekui) est une hideur dans la société. Qualifié d’irresponsable, il est le type d’exemple à ne pas suivre. Car à la différence de la fille qui a des circonstances atténuantes, c’est de lui que dépend son mariage. |
|||
En pays Bamiléké, l’objectif premier du mariage est avant toute chose la procréation. Nous sommes en plein dans une société où la puissance d’un homme se mesure par le nombre de ses femmes et de ses enfants.
D’un côté, la pluralité des filles constituera une puissance sociale qui peut baser sur le matériel à travers leurs dots ou un mariage dans des grandes concessions comme la chefferie par exemple.
Le modernisme a altéré le mariage traditionnel sans le vider complètement de sa substance. Le mariage traditionnel tel que pratiqué par les ancêtres ont fait ses preuves et doit par conséquent demeurer une source d’inspiration pour les générations futures. Pleins feux sur une pratique fondamentale ne voix de disparition.
LES FIANCAILLES ET SES MODALITES
Chez les bamiliké en général, c’est jusqu’ici la famille du garçon qui va vers celle de la fille. Mais auparavant, c’est le père qui choisissait une fiancée pour son fils, lequel n’avait pas le droit de s’opposer au choix de son père. Il arrivait même qu’on ait une fiancée sous la main avant de choisir parmi ses fils, celui à qui elle sera destinée. Parfois on misait sur une fiancée encore dans le ventre de sa mère en attendant la venue au monde de l’enfant s’il s’avérait plu tard qu’il soit de sexe féminin. Auquel cas on commençait à offrir des présents à la famille pour garantir l’avenir ? Autant de pratiques qui certainement amuseraient la jeunesse d’aujourd’hui qui va même jusqu’à célébrer des mariages à l’inssu des parents. Dans certains cas, le choix de la fiancée provenait d’un concours de circonstances. Par exemple lorsqu’une fille naît en présence d’un visiteur, celui –ci estime que c’est sa chance et il faut en profiter. Il l’appelle sa fiancée et multiplie désormais ses visites et des cadeaux pour entretenir les liens. Plus Tard, on verra ce qu’il faut faire. Il est en de même lorsqu’une visiteuse accouche d’une fille dans votre concession. Tout cela est aussi vrai qu’à l’époque, il n’y avait pas suffisamment d’hôpitaux et une naissance pouvaient arriver n’importe où.. Une autre hypothèse aussi, était que deux pères pouvaient sceller leur amitié par un mariage entre leurs enfants. Comme on peut le constater dans tous les cas, c’était une affaire entre les hommes. La mère devait beaucoup plus se contenter de ses travaux champêtres et de sa cuisine les enfants.
Dès que les négociations en coulisses ont abouti à un accord entre les deux parties, on procède à la présentation du fiancé par le père de la fiancée. Le fiancé étant généralement représenté ici par son père, puisque dans la tradition Bamiléké, c’est lui le véritable mari. C’est dans cette phase que les choses sérieuses commencent ouvertement. Il convient de signaler qu’à ce stade, tous les cadeaux qui ont été offerts jusque – là n’entrent pas en compte dans la dot si elles n’ont pas un nom correspondant à une rubrique reconnue en matière de fiançailles.
Le temps mis pour la réalisation de toutes ces actions est fonction de la disponibilité et surtout de l’épaisseur du porte – monnaie. En effet, la visite chez le beau-père prévoir une calebasse d’huile ( l’équivalant aujourd’hui d’une tine d’huile (ou grande calebasse), une petite calebasse d’huile, deux fagots de bois, 1 sac d’ébène, 1 lot ou un sac d’arachide décortique, de l’argent sans un montant précis mais dont l’abondance ne saurait nuire. Pour la grand- mère maternelle de la fiancée, il faut prévoir une houe, 1 paquet de plantain préparé avec de la viande et tournée à l’huile rouge, une calebasse d’huile et de l’argent pour ouvrir ‘’ le paquet de plantain’’. L’huile ainsi offerte est partagée par les coépouses de la grande belle-mère. Enfin chez la grand – mère paternelle de la fiancée, on doit apporter une houe, 1 ‘’paquet de plantain préparé par la viande et tournée à l’huile de palme, une calebasse d’huile, de l’argent pour ouvrir-le ‘’ paquet’’ de plantain. L’huile est partagée entre les coépouses de la grande belle-mère Ces quatre étapes qui ont obligatoires n’exclut pas d’aller ‘’ voir la maison’’ de toute autre personne influente dans la belle – famille. Ce peut être son tuteur si la fille vivait chez un tiers, ses oncles et tantes, ses frères et sœurs, etc. Dans chaque cas, en retour, la belle-famille prépare le taro pour recevoir les visiteurs. La réalisation de cette cérémonie peut être plus ou moins longue mais entre temps les liens étant déjà ouvertement établis, il faut entretenir la belle – famille. Il y avait par exemple le tabac du beau – père, le bois de la belle –mère, la participation physique du fiancé à la réparation saisonnière ou annuelle de la clôture du beau – père, « piler les termites « pour la belle-famille etc… De son côté, la belle – famille apportait très souvent de la nourriture à la famille du fiancé et recevait généralement en retour de d’huile. LA RECLAMATION DE LA FEMME Pour aller réclamer la fille, la famille du garçon doit apporter chez son père une calebasse d’huile pour matérialiser sa demande et une autre calebasse d’huile qui servira à la bénédiction de la fille. L’acceptation peut être immédiate auquel cas on procède aussitôt au mariage proprement dit. La famille de la fille peut aussi exiger la matérialisation de toutes les procédures requises en la matière. En l’occurrence, l’entrée en possession des sillons à cultiver dans la concession du fiancé. En effet, d’une manière générale, une parcelle de terre à cultiver doit être attribuée à la famille de la fiancée dans la concession du fiancé. Une fois mariée, celle-ci continuera à cultiver cette portion de terre de laquelle elle tirera les provisions pour assurer la subsistance de la famille. Ceci se passe à l’occasion d’une cérémonie qui met en jeu des biens matériels et financiers importants. A cette occasion, la famille de la fiancée rassemble une délégation d’une dizaine de personnes, selon l’importance de la famille. Chacune des personnes est munie d’une corbeille de vivres ( taro, igname de préférence), qu’elle remet à la famille du fiancé. Ce dernier pour la circonstance s’entoure généralement de ses meilleurs amis qui l’aideront à amortir les frais, dans la mesure où le contenu de chaque corbeille est vidé et remplacé par de l’argent en fonction de la qualité du contenu. A la fin de cette cérémonie on indique enfin à la belle – famille la parcelle allouée à leur fille pour ses cultures dans la concession du fiancé. LE MARIAGE PROPREMENT DIT Chez les Bamiléké, le principe cardinal à respecter est que la fille se marie selon la procédure que sa mère avait utilisée lors de son propre mariage. Cela doit se perpétuer de génération en génération. Les hypothèses sont diverses et variées. Il y ‘ a des cas où la fille fuit pour rejoindre sa belle – famille si sa mère s’était mariée par cette procédure. On dit alors qu’elle a fui pour aller se marier. Même s’il s’agit d’une fuite plus ou moins organisée. On lui demande par exemple d’aller dans sa belle – famille porter un message, donner de la nourriture, ou en tout cas une visite au cours de laquelle elle est retenue par sa famille. C’est la procédure la moins onéreuse. L’autre possibilité consiste à ‘’ attraper la fille ‘‘. Dans ce cas après les fiançailles la famille du fiancé débouche dans sa belle – famille et emmène la fiancée sans préavis de gré ou de force. Généralement il s’agit d’une action en terrain préparé où seule la fiancée est souvent surprise. Le dernier cas est la voie normale où la fiancée est conduite dans sa belle-famille pour y ‘’ être mariée’’. C’est la procédure la plus onéreuse pour la famille du fiancé, qui doit passer par la cérémonie traditionnelle de mariage qui comprend la dot chez la famille de la fiancée en présence des deux familles, la ‘’ fente du cola ‘’, qui formalise l’engagement réciproque des époux. C’est un acte irréversible qui consiste à avaler de la cola avec du vin de raphia. Sans oublier ‘’l’habillement de la fille ‘’ et la bénédiction parentale. Dans tous les cas, chez les Bamiléké, la fiancée n’atterrit pas le plus souvent directement chez son fiancé, mais chez son beau-père, où celui qui est considéré comme tel, avant d’être conduit plus tard chez son fiancé.
Extrait de :
« Culture Bamiléké Mariage traditionnel
Collection Traditions Bamiléké »
|
|||