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Les Chefferies Traditionnelles de l'Ouest-Cameroun

Entrée d'une Chefferie Supérieure Bamiléké

COMMENT ON DEVIENT CHEF AU PAYS BAMILEKE

Au pays Bamiléké dans l’Ouest Cameroun, le Fö est à la tête de la hiérarchie traditionnelle. Il est Prêtre traditionnel, dépositaire des coutumes ancestrales, personnage sacré au pouvoir divin, il veille à la sécurité de son peuple . Aussi la désignation de son successeur a – t-elle toujours revêtu un caractère absolu et sacré . Si par des forces intérieures ou extérieures un usurpateur prend la place, le culte est interrompu et le pays est frappé de plusieurs malheurs. Mais le processus de succession n’est pas le même partout dans l’ouest.

LE CHOIX DU CHEF

Chez les BABADJOU dans le BAMBOUTOS, le choix du chef est un acte public. La cérémonie se déroule pendant le grand deuil du défunt Chef, selon les vœux du souverain disparu, de celui du conseil des Neuf appuyé par les deux conseils des sept et de la Maison royale. Le conseil des Neuf reste souverain en dernier ressort et est seul à choisir le Chef, parfois indépendamment des vœux du défunt Chef, de sa famille ou de quiconque, dans le strict intérêt de la tribu.

Même si l’autorité du Chef est illimitée sur son peuple au Pays Bamiléké, il vit sous la hantise de ses notables , car pris ensemble, ils ont sur le chef un droit de vie ou de mort. Ils le placent au trône comme ils peuvent l’en élimer.

De son vivant, le chef désigne parmi ses propres enfants cinq dont le premier sera le véritable chef (Fo’o) . Le deuxième , adjoint ( Kouété) sera placé à la tête d ‘un quartier comme Chef ou y résidera comme une personnalité indépendante et jouera un rôle honorifique dans le village . Par contre, si c’est le Chef qui décède sans enfant, son Kouété le remplace.

Ailleurs, l’on observe pourtant des variantes à ce processus. Il semble que le premier fils du Chef ne peut lui succéder à quelque titre que ce soit. Lorsque encore vivant, le chef désigne ses héritiers , il communique leurs noms au conseil des notables qui sont tenus au secret et ne peuvent pas juger du choix fait par le Chef.


Cérémonie de funérailles

RITES D’ARRESTATION DU CHEF ET DE SON ADJOINT


La désignation et l’intronisation d’un chef les baméliké sont du ressort de deux collègues de grands notables .

A Bangoua , c’est le premier collège composé de sept notables qui aura la lourde tâche de présenter aux populations le successeur du chef défunt. Il s’agit de Nzeu Ndjambgoung, Nzeu Tchietcho , Wafo Fanguieu, Wafo Koumkap, Wafo Keulek, Mbeu Nkajip, Mbeu Nkoubamzep.

Le deuxième collège composé de neuf notables qui contrôlent les différents quartiers du groupement aura à assurer la formation du nouveau chef durant son séjour au La’akam. Il s’agit de Makap Nzeutep, Mekap Lieujik, Nzeusa, Nzeu Ze, Nzeu kouo, Nzeu Tiekap, Nzeu Tekaap ; Nzeu Wang , Nzeu Nkiondze .

Chez les Ngemba, le chef s’entoure soit des neuf , des sept ou des quatre notables ; ceci varie selon les villages. Membres des sociétés secrètes, les notables gardent les secrets de la succession sur le trône. Il leur revient, après la disparition du chef, d’arrêter dans les rangs du deuil l’héritier du feu chef parmi ses propres fils, en tenant compte de la volonté du défunt . Les notables initiés le saisissent et le passent aux mains des autres qui, le ruant de coups, le dépouillent de ses vêtements. Une lutte s’engage d’autant plus acharnés que l’élu n’avait aucune prétention à la chaise de son père . Les ravisseurs disparaissent avec leur victime vers le la’kam ( lieu de retraite de 9 semaines , d’investiture et d ‘initiation aux mystères du royaume ) après l’arrestation du chef, on procède immédiatement à celle du NKWETCHE , son adjoint . Ils sont bien encadrés pas les "feffo" police secrète du royaume qui assure leur sécurité.

Ailleurs au décès du Chef, les notables n’annoncent publiquement cette mort que huit jours après. L’annonce se fait par des tambours et des coups de fusil, toute la population s’assemble à la chefferie. Alors les grands notables ( conseil des neuf) se saisissent des héritiers l’un après l’autre et dans l’ordre : Fo’o, Kouété, Sop Tsi, Kamgheu et éventuellement Mato’o ils sont présentés à la population et ramenés couverts des signes distintifs au fond de la chefferie hors vue de la population.

LES RITES D’INVESTITURE

Dès son entrée au la’Kam, on rase les cheveux du futur Chef à même le crâne , on lui répand sur la tête et les jambes le ‘’ Pho’’ , poudre du padouk en disant : Nous, désignatifs et consécrateurs des chefs, agissant toujours selon la justice pour ce qui concerne la succession au trône de la chefferie de ce village, t’appliquons l’onction du sacre et te nommons chef. Que si quelqu’un d’autre intervenait indûment pour te remplacer contre la volonté de ton père, qu’il paye de sa tête, ainsi un autre chef ( ceci dépend des relations ancestrales) couvre le nouveau guide d’une cagoule et le fait asseoir sur le nkwo’o kedon ( troncs de bananier- plantain ) on lui fait avaler le Mbâp Kam ( viande de noviciat) pour être puissant.

Chez les Bandjoun, le chef tire son autorité d’abord de sa légitimité. Il doit en effet être fils de Chef, né sur la peau de panthère, c’est – a – dire quand son père était sur le trône. Il doit avoir été choisi par le défunt chef qui a confié son nom aux ‘’ Mkamvu’’’ ( notables qui intronisent les chefs ). Il doit avoir été choisi et arrêté lors du deuil de son père et conduit au ‘’ La’akam’’ en vue d’y être initié à sa fonction de Chef et aux secrets magiques ‘’ cette légitimité lui confère l’autorité de chef. Il devient le garant de la prospérité et de la suivie de la Chefferie .

Toute tentative d’usurpation pourrait entraîner de graves calamités pour la chefferie.

Comme on le voit, tout tourne autour des notables du premier cercle. Dans l’ensemble, ils sont les véritables détenteurs du pouvoir . Hélas les réalités d’aujourd’hui font qu’un glissement s’opère au niveau du respect de la tradition, malmenée de plus en plus par ceux qui sont considérés comme les gardiens du temples.

Repères des successions mouvementées

Baféko

En 1958 : Majesté Ndatchoua, chef supérieur de Baféko, est arrêté par les ''maquisards''.
En 1964 : Hontcheu Ndatchoua Fidèle, 24 ans, fils du chef enlevé par les maquisards, bouscule le statu quo et se proclame chef, succédant ainsi à un chef encore vivant, son père ! Le 27 mars 1988 : Sa Majesté Hontcheu Ndatchoua Fidèle, chef sans pouvoir traditionnel, meurt mystérieusement au grand soulagement ( hélas ) de tous les Baféko qui reprochaient à leur chef, la profanation de la chefferie.

Foréké-Dschang
Le 1er mai 1966, mort de sa Majesté Djoumessi Mathias, chef supérieur Fokéré-Dschang, ancien député, ancien Ministre résident du Gouvernement André Marie Mbida et du Gouvernement de Ahmadou Ahidjo en 1959. Le 4 novembre 1969 : Djoumessi II Edmond, nouveau chef Fokéré qui avait succédé à son père le 26 mai 1966, est arrêté et jeté en prison pour rébellion.
En 1975 : Bénéficiant de la grâce du Président Ahidjo après le ''congrès de la maturité'' de l'UNC à Douala, Djoumessi II Edmond est remis en liberté. Mais son ''Kueté'' ( 1er adjoint ) M.Nkenlifack Marius s'était fait installé au trône par l'administration. En 1969 : Madame Nkentsa née Mazetem Momo Anna est intronisée comme chef intérimaire à la chefferie Fokéré-Dschang. Elle régna jusqu'à 1975 lorsque vint la chasser pour mettre Nkenlifack Marius. Ceci, au grand détriment du testament du défunt chef Djoumessi Mathias publié par le journal essor des jeunes N°93 du 15 mai 1966

Chefferie Bafou à Dschang
Le 21 septembre 1959 vers 22 heures : du fait de son refus de collaborer avec l'opposition entrée au maquis. Sa Majesté Ngouadjio Jean, chef supérieur Bafou, est froidement assassinée.

Chefferie Bansoua-Dschang
Le 23 septembre 1959 : Exécutiondu chef supérieur de Bansoua, sa Majesté Tchinda Joseph. Ses meurtriers lui reprochaient son appartenance politique.

Chefferie Bandenkop dans les Hauts-Plateaux
En 1961 : Sa Majesté Fezeu Ngandjong Marcel, chef supérieur de Bandenkop, (intronisé en 1955) est obligé de prendre le chemin de l'exil. Il s'installe d'abord en Guinée Conakry, puis en Chine.
En 1967 : L'administration constate la vacance à la chefferieBandenkop et installe le nommé Wouagny Michel comme chef. Décision non approuvée par les sages et les puissants ''neuf'' du clan.
Le 20 novembre 1985 : un arrêté présidentiel relève Wouagny de ses fonctions de chef supérieur Bandenkop.
Le 9 janvier 1986 : Le sous-préfet de Bangou, M. Abdou Patcha est nommé chef intérimaire à la chefferie Bandenkop.
Le 13 août 1988, Sa Majesté Fezeu Ngandjiong, de retour de son exil, reprend son trône à la faveur d'une élection publique.

Chefferie Baleveng à Dschang
En décembre 1964 : Le chef supérieur Baleveng, Sa Majesté Titio André, avec son notable Nkemzang et son messager Nchetio, sont arrêtés pour des raisons politiques. Ils sont condamnés à 20 ans d'emprisonnement ferme pour le chef et à 15 ans pour chacun de ses ''complices''.
Le 16 janvier 1975 : Le chef Titio André est libéré de sa prison de Yoko (grâce présidentielle).Mais, à la chefferie Baleveng, son Nkueté'' (1er adjoint) M. Takile Jean (un inspecteur de police), s'était installé sur le trône avec la bénédiction de l'administration. Chassé du village, Ttio André, chef légitime selon la coutume, s'implante à Manjo dans le Moungo.


Dance sécrète au pays Bamileke
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